Artois panorama, part 2 : 24h à Arras

Le deuxième épisode de notre virée dans le Pas-de-Calais entre Arras et Lens. Après la visite de Vimy, on arrive dans la jolie ville d’Arras, au patrimoine historique et culturel très riche et qui commémore elle aussi les cent ans d’une terrible bataille.

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« Les gens sont tellement gentils, tellement accueillants ! » Ça c’est une phrase que vous avez forcément prononcée un jour en rentrant d’un voyage lointain. Ne niez pas. On l’a tous fait. Et bien quand vous êtes parisien, c’est quelque chose que vous êtes susceptible de penser dès que vous quittez la petite couronne – et donc, ici à Arras, on a trouvé les gens tellement gentils, tellement accueillants ! Du genre à s’arrêter systématiquement en voiture pour vous laisser passer au passage piéton, à vous sourire et à être poli dans les magasins, à être super aimable au bar ou au resto, ces trucs dont on a perdu l’habitude ! Et ça fait du bien.

            Première étape dès qu’on arrive : l’apéro. On essaie de faire de Ruby un parfait chien de bar, donc ça demande de la pratique. On n’y est pas tout à fait, elle préfère aller saluer les voisins que de s’allonger sagement sous la table, et quand finalement elle s’allonge, c’est en général en plein milieu du passage des serveurs ou bien juste au moment de partir. Un vrai Rantanplan.

            Mais on profite, en terrasse, de cette fin de journée ensoleillée sur la place des Héros – nommée ainsi en mémoire des résistants de la Seconde Guerre mondiale, la ville n’ayant pas été épargnée depuis les guerres de François Ier jusqu’au 20ème siècle. L’architecture est superbe, avec cet ensemble de trois places successives aux façades étroites et aux frontons baroques qui disent bien qu’on est proche des Flandres. De fait, on se sent plus dans une atmosphère belge, anglaise ou néerlandaise que parisienne.

            Le beffroi s’élève à contre-jour en face de nous. Pendant la Première Guerre, tout ce qui est là aujourd’hui a été détruit à 80%. Le beffroi, l’hôtel de ville, la cathédrale, les places. Quand on voit des photos de l’époque, tout est en ruines. La ville a fait le choix de reconstruire à l’identique après la guerre.

            Et ce soir les héros de la Première Guerre sont là aussi, évoqués par des objets dans les vitrines des magasins ou peints sur les devantures de bar accompagnés du drapeau canadien et d’un « Merci ». Il y a cent ans, Vimy était en fait « seulement » une partie de la bataille d’Arras. Sous la ville, les sapeurs néo-zélandais avaient creusé d’immenses galeries pour cacher tous les soldats avant l’offensive. Cette dernière s’est soldée, comme de nombreuses autres, par un coût humain hallucinant, totalement disproportionné aux faibles gains réalisés.

Après un bon repas au resto (welsh pour l’une, moules-frites pour l’autre), c’est l’heure de retourner au van. Mais on a encore des progrès à faire pour choisir là on dort en ville. On avait repéré une aire de camping-car mais c’était assez vilain et puis de toute façon il n’y avait plus de place. Donc on s’est mises dans le centre, devant l’annexe de la mairie sur un petit parking. Mais, erreur fatale : sous les lampadaires. Donc trop de lumière et aussi pas mal de bruit, la ville étant assez festive. J’ai super mal dormi. Note pour nous-mêmes : une rue calme à l’écart du centre la prochaine fois !

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         Le lendemain c’est samedi, le carillon du beffroi sonne et les trois places accueillent un marché qui propose à peu près de tout : fringues, matériel électronique, grands étals de fruits et légumes, petits étals d’ail et de persil, stands d’huitres – la mer n’est pas loin. Le centre est très commerçant et animé, il y a notamment de beaux commerces de bouffe. Un peu partout des panneaux rappellent la bataille d’il y a cent ans (poèmes, portraits de soldats, photographies des lieux).

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      Passage obligé pour nous, l’expo « Témoins » au Musée des beaux-arts, sur les champs de bataille vus par les peintres canadiens. Le musée se trouve dans une partie de l’abbatiale Saint-Vaast, elle aussi détruite pendant la Grande Guerre puis reconstruite, cadre imposant et un poil austère où une superbe collection de baroque flamand accueille le visiteur au rez-de-chaussée. Je dis superbe mais je pourrais dire aussi super macabre, c’est une question de goût ! En tout cas une bonne intro avant une expo 14-18.

Dans la cour du musée, on a vu l’installation, « Retranchés », ce sont des lycéens professionnels d’Arras qui ont reconstruit une tranchée en hommage aux soldats britanniques tombés dans la région. Des témoignages accompagnent l’installation et c’est vraiment touchant de lire les mots de ces jeunes s’adresser dans le temps à des hommes à peine plus vieux qu’eux venus parfois du bout du monde pour combattre ici. Un beau message d’espoir.

            Dans l’expo « Témoins » Hélène se fait la réflexion que ces tableaux ne sont pas très différents de ceux des artistes français qui ont peint la Grande Guerre. Moi je ne suis pas experte, mais c’est vrai qu’il y a quelque chose et au bout d’un moment je réalise que l’élément commun à toutes ces scènes de guerre, c’est le ciel. Ce ciel du nord, picard ou flamand, qui commence à nous être familier, ce ciel plein de nuages mais aussi de couleurs, des gris, des roses, des bleus, ce ciel chargé et lumineux à la fois, qui lui n’a pas changé et qui nous accompagne dans nos pérégrinations.

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            On va ensuite récupérer Ruby et le van qu’on a laissés au bord d’un joli canal vers le jardin Minelle. On aurait dû dormir là, on saura pour la prochaine fois ! Deux gamins en vélo viennent nous parler pendant qu’on balade Ruby au pied de petits immeubles en brique. L’un d’eux, un gentil petit gars déjà macho et très prolixe, veut savoir quelle race c’est. Hélène et lui ont une grande conversation sur leur émission préférée, « Pitbulls et prisonniers ».

            On prend un café avant de repartir. Dans « La Voix du Nord », c’est chasse aux œufs et chasse aux électeurs. Le premier tour des présidentielles est dans une semaine. Un entrefilet annonce aussi un spectacle hommage à un coup de grisou meurtrier il y a cent ans, en plein guerre justement. Les exploitations minières de la région, même tout près du front, ont dû continuer leur activité pour pallier le manque de production dû à l’occupation de nombreux sites miniers par les Allemands. Ce 16 avril 1917, ce sont 42 mineurs qui meurent. Les troupes anglaises et canadiennes viennent aider après la catastrophe.

            Cette histoire, et le panorama qu’on a vu hier depuis Vimy, avec les terrils, ça nous reste dans la tête. L’idée c’était de voir Vimy et Arras puis d’aller à la mer. Mais ce paysage nous appelle, il a des tas de choses à nous dire. On change nos plans. Direction le Marineland.