Québec origins

S’il est des voyages spéciaux dans une vie, la lune de miel est censée en être un. Et c’est marrant parce que quand les gens nous demandent comment ce projet « 1916 kilomètres » a commencé, on raconte toujours qu’on a fait notre voyage de noces au Québec grâce au Centenaire de la Première Guerre. Alors comme cette année on commémore les cent ans de la bataille de Vimy, avec un focus sur l’amitié franco-canadienne, on s’est dit que c’était une bonne occasion de revenir sur ce voyage vraiment spécial !

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       Flashback. En 2014, Ruby errait quelque part sur les plages de Marie-Galante, le van appartenait à de gentils retraités à Provins, on mangeait encore de la saucisse et il était hors de question que je fréquente un jour assidûment les campings et les réseaux sociaux. Concernant la Première Guerre, j’avais comme tout le monde quelques lointains souvenirs d’école et un intérêt, disons, modéré.

C’était différent pour Hélène, qui d’une part a toujours aimé le camping et d’autre part était bien occupée au boulot par les préparatifs du début du Centenaire de la Première Guerre. Comme vous savez, elle travaille au musée de l’Armée à Paris. Et donc en 2014 les musées historiques et militaires du monde entier rivalisaient de projets commémoratifs sur 14-18. Dans le lot, il y avait cette exposition sur « La Grande Guerre vue par les peintres français » au Musée Royal 22ème régiment de Québec, expo qui consistait en vingt tableaux et dessins prêtés par le musée de l’Armée. Concrètement, ça voulait aussi dire un convoiement pour Hélène pour accompagner les œuvres à Québec.

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Hélène, comment ça se passe, un convoiement ?

Quand un musée prête des œuvres à un autre musée pour une exposition temporaire, les œuvres doivent voyager. Et elles ne peuvent pas le faire toutes seules, elles ont besoin d’œuvres-sitters. C’est une partie de mon boulot.

Bien sûr, elles ne voyagent pas tout à fait comme tout le monde. Parfois il faut prendre l’avion-cargo. Mais par exemple il n’y a pas de ligne cargo directe pour faire Paris-Québec. Donc cette fois-là j’ai dû faire Paris-Amsterdam en camion (une journée), Amsterdam-Toronto en avion-cargo (8h de vol) et Toronto-Québec en camion (8 bonnes heures) avec déchargement à l’arrivée et décalage horaire dans ta face. Ça fait des bons périples de deux-trois jours, des nuits dans des hôtels de zone aéroportuaire, de l’attente et de la paperasse dans les zones de fret et des road-trips en camion avec des pauses juste pour faire pipi et manger au Tim Horton. Une vraie aventure quoi.

            Voilà donc où on était début août 2014, pile cent ans après le début de la Première Guerre. Hélène à accrocher des tableaux de scènes de tranchées à la citadelle de Québec, moi à me balader dans la ville en l’attendant. Mon trajet avait été beaucoup plus simple : un vol Paris-Montréal puis un bus Montréal-Québec.

Une après-midi j’ai eu la chance de passer sur le montage de l’expo. J’aime bien cette ambiance, il y a des échafaudages, de la peinture, de la poussière, les gens portent les œuvres, les ajustent. J’ai eu droit à ma petite visite privée. J’ai été particulièrement impressionnée par un tableau de George Bertin Scott, Les premiers masques, soldats avec un masque à gaz. C’est un grand tableau dans les tons terre et ocre (tranchée, quoi) où les soldats surgissent face au spectateur, les visages couverts par les masques à gaz comme des créatures de science-fiction.

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Le Musée Royal 22ème Régiment célébrait lui aussi ses cent ans. L’histoire de ce régiment est intéressante (attention, séquence histoire militaire). Lorsque la Première Guerre a éclaté, le Canada s’est engagé comme membre du Commonwealth. On s’est alors aperçu que les Canadiens français ne disposaient pas d’une force à eux. Suite à des revendications québécoises, un régiment a été créé en octobre 1914, le seul francophone au sein de toutes les armées du Commonwealth. Il a combattu dans de nombreux endroits dont certains où nous sommes allées depuis : Vimy bien sûr, mais aussi Arras et la Somme, ou encore Ypres et Passchendaele.

Ce régiment et son musée sont donc des symboles importants de l’identité québécoise, de sa reconnaissance. Le musée fait partie de la citadelle qui surplombe la vieille ville de Québec et le Saint-Laurent. C’est un très grand site, qui accueille encore des militaires. Nous aurons droit à une visite guidée rien que pour nous deux et à une photo-bouc, le bouc étant la mascotte du régiment.

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Comment ça ce n’est pas un voyage de noces tout à fait classique ??? Vous ne trouvez pas ça romantique, vous ?

Attendez, ça vient.

Quand tous les tableaux ont été bien acclimatés et accrochés, Hélène était libérée. On a loué une voiture et remonté le Saint-Laurent une dizaine de jours jusqu’aux Bergeronnes et on a fait tout ce qu’un voyageur au Québec se doit de faire, rassurez-vous. C’était fantastique.

On a testé le concept de glamping (glamour+camping, le voilà le romantisme !) ici et là et notamment à Baie-Sainte-Marguerite sur le fjord du Saguenay dans une petite caravane. Mi-tente mi-cabane, elle s’ouvrait sur la forêt dans un emplacement au calme avec les écureuils tout autour qui faisaient leurs provisions pour l’hiver. On entendait les bruits de la nature autour de nous tout en se sentant protégées. J’ai adoré ça. Cet endroit a complètement vaincu ma parisiennetude. C’est là où j’ai aimé mettre une casquette. Où c’était adéquat. Après ça, tout était possible et un an plus tard on achetait le van.

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L’autre chose fantastique pour nous (et c’était un critère), c’est qu’on avait envie d’une destination gay-friendly. Parce qu’en 2014 on était encore un peu traumatisées par toutes les manifs contre le mariage gay et qu’on voulait juste être tranquilles, pouvoir dire qu’on était en voyage de noces sans se prendre la tête. Et de ce point de vue-là, c’était nickel ! Les gens disaient juste : « Cool » et passaient à autre chose.

Je me souviens de cette balade en canoë qu’on a faite sur le Saint-Laurent vers les Bergeronnes avec une famille de Toronto. Les deux parents, les deux ados et les deux grands-mères. L’une des mamies, beaucoup trop maquillée et apprêtée pour ce genre d’activité, nous demande si on est sœurs, ou amies… Je lui réponds : « We’re a couple and we’re on honeymoon ». Elle nous lance avec enthousiasme : « Mazel tov ! I mean, congratulations ! »

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Et voilà, maintenant vous savez tout sur comment on a fait notre voyage de noces grâce au Centenaire de la Première Guerre !

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